Lady Aoï, Yukio Mishima

Du 18 au 21 juin 2015, était présentée au théâtre de l’aquarium la pièce Lady Aoï de Yukio Mishima dans le cadre du festival des écoles du théâtre public. Ces représentations étaient l’aboutissement du travail de recherche mené par Raphaël de Angelis lors de sa formation de second cycle au sein du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique de Paris, organisateur en collaboration avec le Labex Arts-H2H, l’ENSAD et les Conservatoires Municipaux des 5e et 19e arrondissements de Paris.

Lady Aoi Mishima Angelis

L’auteur

Mishima Yukio, écrivain japonais, est né en 1925 à Tokyo sous son vrai nom, Hiraoka Kimitake. Élevé par sa grand-mère aux origines samouraï, séparé du reste de sa famille jusqu’à ses douze ans, c’est d’elle que lui vient sa passion pour la littérature et le théâtre kabuki. Il lit les classiques japonais et découvre la littérature européenne à travers Oscar Wilde, Rainer Maria Rilke et Raymond Radiguet. Mishima s’est mis très jeune à l’écriture et a été sollicité, alors âgé d’à peine 20 ans, pour écrire un feuilleton dans une célèbre revue littéraire. La Forêt tout en fleurs sera publié dès 1944. Très vite encouragé par Kawabata Yasunari, Mishima Yukio fut un auteur prolifique : romans, nouvelles, pièces de Nō et de kabuki, récits populaires. Il a obtenu une renommée internationale grâce à des titres comme Le Pavillon d’or ou la tétralogie La Mer de la fertilité. Fasciné depuis toujours par la mort et la souffrance, il prépara son suicide en tentant un coup d’État en faveur du Japon traditionnel dont l’échec lui permit, selon la tradition des samouraïs, de se faire seppuku (hara-kiri).

L’œuvre

Dans un hôpital, un homme vient rendre visite à sa femme gravement malade. Il est guidé par une infirmière au comportement étrange. Arrive ensuite comme dans un rêve l’ancienne amante de cet homme, rongée par la jalousie et pleine de haine à l’égard de sa femme. L’évocation des souvenirs de la relation qu’elle a eue avec cet homme viendra à bout de sa femme qui mourra sur son lit d’hôpital.

Pièce inspirée d’un des nô de Zeami les plus connus « Aoi-no-Ue », qui figurait initialement au répertoire des Sarugaku (danses sacrées + « singeries ») de la région d’Ômi, et que Zeami remania en approfondissant un thème déjà présent dans deux épisodes du « Genji Monotagatari » (« Le Dit du Genji ») figurant respectivement au volume 4 (« Yûgao », La Belle-du-Soir) et au volume IX, « Aoi » (La Mauve). cf. la traduction de René Sieffert ; 1ère édition en 1978 aux Publications Orientalistes de France. On trouvera la traduction de ce nô dans « La Lande des Mortifications » (25 pièces de nô, par Armel Godel et Kano Kô-ichi ; Gallimard, collection « Connaissance de l’Orient » ; 1994 pour la 1ère édition). La transposition faite par Mishima figure dans les « Cinq nô modernes » traduits par Shiragi Jun et Marguerite Yourcenar.

Lady Aoï Mishima Angelis

Lady Aoï : note d’intention du metteur en scène

 » Entre 1950 et 1962, l’écrivain japonais Yukio Mishima a adapté une dizaine de pièces de théâtre nô, théâtre traditionnel japonais datant du XIVe siècle et les a nommées « nô modernes ».

Du théâtre nô traditionnel, Mishima a su tirer l’essence spirituelle, à savoir, au moyen de la poésie, faire naître une réflexion profonde sur l’être humain et les différents sentiments qui l’animent tout au long de sa vie et bien après celle-ci. En replaçant les intrigues de cour du XIVe siècle à l’époque actuelle, il a apporté une étonnante modernité aux œuvres traditionnelles et a renforcé l’intemporalité et l’universalité de ce théâtre.

Cette modernité du propos s’est accompagnée d’une « occidentalisation » de la forme puisque toute la structure classique du théâtre nô traditionnel a disparu, au profit d’une dramaturgie fortement influencée par le théâtre occidental d’après-guerre. La scène de nô nue, abstraite, et empreinte de spiritualité a été remplacée par un décor concret, quotidien, et dénué de toute croyance, l’orchestre traditionnel composé d’un flûtiste et de trois percussionnistes par une bande-son, les chants, psalmodies, et incantations par des dialogues entre les différents personnages. Il n’est fait aucunement mention de danses, de masques, de chœur… Un théâtre de forme rituelle a laissé place à un théâtre de forme réaliste.

Lady Aoï Mishima Angelis

Cette ambivalence entre le fond et la forme, entre le monde traditionnel et le monde contemporain, très présent dans la société japonaise, a été au cœur de l’oeuvre et de la vie de Mishima.

Si Mishima, dans ses adaptations, s’est placé en poète et s’est appuyé sur le fond profond des œuvres, il me semble intéressant en tant que comédien et metteur en scène ayant été formé à la pratique de cet art ancestral, de m’appuyer sur la forme traditionnelle pour tenter de faire naître le théâtre nô moderne qu’il souhaitait. Car selon moi, la beauté et la puissance du théâtre nô sont indissociables de sa forme rituelle et ancestrale. Ce sont ces danses, chants, rythmes et mélodies issus de temps lointains, c’est cette scène de bois nue sur laquelle un rituel a lieu, ce sont ces costumes, masques, accessoires d’une confection fascinante, qui nous touchent au plus profond de notre être et nous permettent de vivre un rêve éveillé.

Il ne s’agit nullement de reprendre à l’identique la scénographie, la musique, les danses, chants, masques, costumes du nô traditionnel mais en s’appuyant sur ces éléments d’en créer de nouveaux, contemporains, ayant les mêmes fonctions, dans le but de faire apparaître toute la beauté et la modernité du texte de Mishima. »

Raphaël de Angelis


L’équipe de Lady Aoï

Mise en scène : Raphaël Trano de Angelis
Composition et direction musicale : Hacène Larbi
Traduction et adaptation : Dominique Palmé
Regard chorégraphique : Kaori Ito
Travail du choeur : Philippe Lardaud
Scénographie : Yaël Haber et Karolina Howorko
Assistant à la mise en scène : Adrien Guitton
Création lumière : Dominique Nocereau
Comédiens/danseurs : Noémie Ettlin, Nicolas Gonzales, Clarisse Sellier

Chœur : Claire Bosse Platrière, Suzie Cahn, Charlotte Fox, Camille Chopin, Nastasia
Berrezaie, Cécile Messineo

Flûte : Mihi Kim
Clarinette basse : Morenn Nédellec
Violoncelle : Alexis Girard
Piano : Fréderic Lagarde
Harpe : Sabine Chefson
Percussions : Christophe Bredeloup
Percussions : Benjamin Soistier
Percussions : Thierry Le Cacheux
Mezzo : Marie Kobayashi


Spectacle créé au Théâtre de l’Aquarium dans le cadre du festival des écoles du théâtre public du 18
au 21 juin 2015.
Co-production : CNSAD en collaboration avec le Labex Arts-H2H, l’ENSAD, et les Conservatoires de la
Ville de Paris (CMA 5ème et 19ème arrondissements).
Avec la participation artistique du CFA des comédiens.


Lady Aoï dans la presse

Le Monde, 19 juin 2015
« Le metteur en scène Raphaël Trano de Angelis qui réunit autour
de lui une équipe impressionnante, musiciens, choeur, chorégraphe,
frappe par sa maîtrise, sa maturité. Sa vision belle et dépouillée nous
introduit dans l’univers de Mishima de façon très claire, l’oeil devant
le masque, en signe de dépôt de nos précieuses illusions. »

Web théâtre, Gilles Costaz, 22 juin 2015
« Peu de « jeunes spectacles » ont cette complexité et cette élégance. Et,
à coup sûr, l’on reparlera de Raphaël Trano de Angelis, metteur en
scène des mots et des signes. »

Mediapart, 30 juin 2015
 » Un spectacle présenté comme un work in progress très prometteur avec en particulier un impressionnant travail gestuel. »

Lady Aoï Mishima Angelis