Monsieur de Pourceaugnac, version théâtre

Monsieur de Pourceaugnac est une comédie-ballet écrite par Molière et créée en octobre 1669 au Château de Chambord. Les parties musicales ont été composées par Jean-Baptiste Lully.

Le propos de la pièce

Monsieur de Pourceaugnac, illustration de Janet-Lange (1851)Pour le sujet de sa pièce, Molière s’est inspiré de canevas de commedia dell’arte qu’il a habillés à la française.

À Paris, Eraste et Julie sont épris l’un de l’autre mais le père de Julie, Oronte, a décidé de la marier à un avocat de Limoges, Monsieur de Pourceaugnac. Ce n’est pas qu’il le connaisse. Il a simplement entendu dire qu’il était un peu plus fortuné qu’Éraste.

Sbrigani, un fourbe napolitain et Nérine, une intrigante au service de Julie, conçoivent toute une série de stratagèmes pour chasser le fâcheux de Paris et permettre à Éraste d’épouser Julie. Le séjour du Limousin dans la capitale se révèle donc cauchemardesque pour lui et jubilatoire pour le spectateur…

Avec cette comédie des masques et de l’illusion aux allures carnavalesques, Molière crée un formidable jeu de théâtre dans le théâtre. Dans cette pièce géniale, il utilise le procédé comique du provincial ridicule (qu’il reprendra un an plus tard dans Le Bourgeois gentilhomme) tout en y ajoutant un aspect cruel qu’il développera avec brio dans Les Fourberies de Scapin.

Le carnaval des fourbes

Pièce sans personnage incarnant le bon sens ou la raison et dans laquelle les jeunes premiers jouent un double jeu, Monsieur de Pourceaugnac est une comédie délibérément immorale. À la manière du carnaval, elle produit un renversement généralisé des valeurs.

En calquant sa pièce sur le modèle des fêtes rituelles comme le carnaval, la beffa florentine ou le charivari, Molière use à merveille du théâtre dans le théâtre ce qui rend la mascarade d’autant plus cruelle. Paris devient une ville aux mains du peu recommandable Sbrigani, qui tel un metteur en scène, est le maître d’un jeu dont il met en place petit à petit les pièces. Ces ruses s’accumulent dans une gradation effrénée qui confine au délire. À l’exact opposé de ce marionnettiste, le personnage de Pourceaugnac est un pantin ridicule qui a le travers de se croire plus puissant qu’il n’est.

Cette pièce, peut-être plus que n’importe quelle autre œuvre de Molière, consacre donc le triomphe du théâtre : triomphe du jeu, des faux semblants mais surtout, triomphe de la folie.

Molière fait de Pourceaugnac, de par son nom et son désir d’ascension sociale, un personnage ridicule avant même son entrée en scène, mais son plus gros défaut n’en reste pas moins d’être provincial et de vouloir accéder à un monde dont les portes lui sont fermées.

Cette seule envie lui vaudra de vivre un cauchemar, qui bien que moteur de la farce, n’en reste pas moins cruel et humiliant. Les amoureux sont-ils si vertueux qu’ils veulent bien le laisser croire ? La naïve ignorance de Pourceaugnac est-elle plus ridicule que la méchanceté et le mépris qui lui sont accordés à cause de son provincialisme?

À cela, Molière ne donne pas de réponse, ne fait aucune leçon, mais laisse le spectateur libre de se faire sa propre opinion. Toujours est-il que près de 350 ans plus tard, le propos est toujours d’actualité : il y a certains petits défauts dont notre société a du mal à se défaire…

Monsieur de Pourceaugnac

La Fête du langage et du corps

Comique de mots, comique de gestes, comique de répétition, comique de situation, rarement Molière a autant joué avec les registres. Il s’amuse avec toutes sortes de langues (l’occitan de la première fausse épouse), d’accents (le français parlé à la flamande par le napolitain Sbrigani, à la suisse alémanique par les soldats ou à la picarde par la seconde fausse épouse), de jargons (la manière de parler alambiquée des médecins), ou de patois (le langage des deux paysans).

Tout au long de la pièce, le corps est au centre du jeu. Celui de Monsieur de Pourceaugnac en premier lieu. D’abord humilié lors de l’épisode médical, agressé lors de la scène des enfants, il sera finalement travesti à la fin de la pièce.

Comme dans toute mascarade, le corps est le moyen d’expression principal. Permettant de symboliser, d’illustrer, de converser mais aussi de transgresser ou de violenter, le corps est utilisé diaboliquement par Sbrigani, gaiement par Oronte, cruellement par Nérine, passionnément par Julie et Éraste, rigidement par les médecins, grotesquement par l’apothicaire, discrètement par le faux marchand flamand, timidement par les paysans, violemment par Sbrigani et Nérine grimés en gardes suisses, et bien sûr naïvement par Monsieur de Pourceaugnac.

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La comédie des masques

Fidèle à l’esprit baroque de son temps et à la tradition de la commedia dell’arte dont est issue l’intrigue, la pièce multiplie les situations de théâtre dans le théâtre, de quiproquo, dans le seul but de mystifier Pourceaugnac.

Après deux scènes d’exposition, les entrées et les sorties se succèdent et de nouveaux personnages apparaissent tout au long de la pièce.

Pour représenter le plus justement cette frénésie, nous nous sommes inspirés du tréteau de commedia dell’arte et de la scène de théâtre Nô sur laquelle sont joués les drames (Nô) mais aussi les farces (Kyôgen) du théâtre traditionnel japonais. Ainsi, deux ponts (un à cour et un à jardin) mènent au carré central, le « carrefour du mensonge », là où se joue l’intrigue et où se déroule l’action. Éléments de passage entre les coulisses et la scène, propices aux apparitions des différents personnages, les ponts représentent aussi un espace entre le jeu et le non jeu, permettant la machination de théâtre dans le théâtre.

Pour mettre en valeur cet univers de tromperie et de carnaval, nous avons pensé que le masque était le mode d’expression idéal. Ainsi, tous les personnages de la pièce à l’exception de Pourceaugnac sont masqués, sous différentes formes :

  • Demi-masques traditionnels de commedia dell’arte pour les fourbes Nérine et Sbrigani, le père Oronte ou les avocats.
  • Masques-becs pour les médecins, l’apothicaire, et leurs acolytes.
  • Maquillages d’inspiration baroque pour les jeunes premiers, Éraste et Julie
  • Masque sur un masque, pratique d’inspiration asiatique, pour les fausses épouses de Pourceaugnac ou l’Exempt.
  • Nez sur un masque pour les Suisses
  • Marionnettes napolitaines à gaine pour les prétendus enfants de Pourceaugnac

Face à cette multitude de masques, Monsieur de Pourceaugnac est visage nu. Ainsi, le public s’identifie à lui et vit son cauchemar comme si c’était le sien.

Le travail des costumes vient accentuer cette mascarade folle, burlesque et inquiétante. D’inspiration classique voire traditionnelle, les costumes mêlent différentes époques et font se marier quantités de tons, de couleurs, de matières, ce qui permet de faire ressortir les contrastes et oppositions des personnages tout en soulignant le caractère intemporel et universel de la fable.

Le costume sophistiqué et bariolé de Monsieur de Pourceaugnac contraste avec celui noir et diabolique de Sbrigani, la perruque du premier avec le chapeau melon du second, les habits macabres et inquiétants des médecins avec le costume clownesque de l’apothicaire, l’apparence classique des jeunes premiers avec l’incongruité de la silhouette de Nérine, les tenues militaires des gardes suisses avec la robe moderne de Monsieur de Pourceaugnac…

L’Équipe

Raphaël de Angelis, mise en scène
Christian Dupont, assistant à la mise en scène

Comédiens :
Vladimir BarberaKim Biscaïno, Brice Cousin, Raphaël de AngelisMaëva Husband et Cécile Messineo

Scénographie : Brice Cousin et Raphaël De Angelis
Décor : Luc Rousseau et l’équipe des ateliers de construction de
l’Agglomération Montargoise et Rives du Loing
Création costumes : Jessica Geraci et Lucile Charvet, L’Atelier 360 et l’aide de Cécile Messineo
Accessoires : Brice Cousin
MasquesDen
Marionnettes à gaineIrene Vecchia et Selvaggia Filippini
Marionnette géante : Yves Coumans et la compagnie Les Passeurs de Rêves
Affiche et graphismeYannick Toussaint

Production réalisée grâce au soutien de la Région Centre.

Coproduction : Agglomération Montargoise et Rives du Loing.
Avec le soutien de La Passerelle de Fleury-les-Aubrais, du 108 Maison Bourgogne, de l’Institut Français de Naples-Le Grenoble.
Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National et le soutien du Fonds d’Insertion professionnelle de l’Académie-ESPTL, DRAC et Région Limousin.
Le Théâtre de l’Éventail est soutenu par la Région Centre, la Ville d’Orléans, et le Conseil Général du Loiret.

Coproducteurs privés : Elsa Giannetta, Mathilde Nivet, Alain Carbonnel , Clémentine Bernard, Julien Renard, Brice Cousin, Marie-Christine Mazzola, Anthony Diaz, David Pouet, Anna Basurko, Thérése Boaretto, Marie Caulliez, Isabelle Dupuy, Colette Robin, Fabienne Kochert, Romain Voxeur, Gaelle Coussa, Mélody Maloux, Pierre Yves Trano, Gisela Gaesser, Monkyshot, Romane Portail, Julie Rolland, Catherine Robert, Claire-Cécile Avril, Martine Foulon, Jean-Marc Dumas, Cécile Messineo, Simon Beauvallet, Yves Chapon, Juliette Querné, Joël Petit, Joséphine Perdrieux, Linda Massoz, Philippe Lardaud, Jacqueline Klosner, Martine Gitton, Dominique Messineo, Pascal Remond, Luca Barbera, Hélène Trano, Jacques Friggit, Catherine Trano, Joelle Klosner, Dominique Rabier, Guy Messinéo, Henriette Friggit

Remerciements : Maud Viemont, Maxime Vambre, Claude Massoz, Annick Bourdin, Hélène et Pascal Laisne, Dominique Rabier.

 


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Presse et public : ils parlent de Monsieur de Pourceaugnac